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Journée des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions

Discours du maire, Jacques Salvator, lors de la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai 2008.

Discours du maire, Jacques Salvator, lors de la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai 2008.

Madame, Monsieur,

« La République Française reconnaît que la traite négrière et l’esclavage, perpétrés à partir du XVème siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines constituent un crime contre l’humanité ».

Ainsi débute la loi du 21 mai 2001 proposée par Christiane TAUBIRA-DELANNON et adoptée sous le gouvernement de Lionel JOSPIN autorisant enfin un réel devoir de mémoire d’une période occultée de notre histoire.

La loi est explicite, elle qualifie la tragédie qu’a représenté durant des siècles l’esclavage : il s’agit d’un crime contre l’humanité.

Tout est dit : « un crime contre l’humanité »

Le crime contre l’humanité a une définition juridique.

Ce sont les statuts du Tribunal militaire international de Nuremberg crée à l’issue de la 2ème guerre mondiale pour juger les criminels nazis qui donne pour la première fois une teneur juridique à ces crimes qui dépassent l’être humain lui même mais qui renvoient à l’universalité qui est en chacun de nous.

Il n’y a pas un, deux, 10, 20, 100, 1000 crimes mais une atteinte fondamentale à ce qui définit l’homme

Depuis 1964, le crime contre l’humanité est introduit dans notre Code pénal dans son article 212-1 :
« La déportation, la réduction en esclavage ou la pratique massive et systématique d’exécutions sommaires, d’enlèvements de personnes suivis de leur disparition, de la torture ou d’actes inhumains, inspirées par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisées en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile sont punies de la réclusion criminelle à perpétuité. »
Le Code pénal prévoit que ce crime est imprescriptible.

Il est d’ailleurs le seul crime qui ne peut se prescrire du fait du temps qui passe.

La prescription fait référence à l’oubli. Le crime contre l’humanité ne peut et ne doit pas s’oublier.

Ainsi, cette loi n’est pas que déclarative, elle s’inscrit dans le droit, dans la hiérarchie des normes, nomme l’esclavage.

Mais elle porte en elle également le devoir de mémoire :

La mémoire partagée des origines est en effet fondamentale pour la construction des identités culturelles et sociales.

La France est le seul pays à effectuer cette reconnaissance en ce qui concerne l’esclavage.

Désormais, le 10 mai, jour d’adoption de la loi TAUBIRA en 2001, est la journée des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions.

A Aubervilliers, nous tenons particulièrement à participer à cette commémoration car l’histoire d’un pays est faite de période ferveur et de progrès mais également de drames et d’oppression.
La mémoire collective doit s’enrichir de toutes ces aspérités.

Cette exposition, sera, je l’espère, riche d’enseignements de ce crime contre l’humanité trop longtemps occulté.

Elle a non seulement un objectif pédagogique car elle suit la chronologie des évènements, explique la réalité quotidienne mais elle démontre également les luttes, nombreuses et tragiques pour la liberté et le soubresauts de l’abolition.

Elle restera dans le hall de la mairie jusqu’au 23 mai, date qui fait référence à la grande marche de 1998 qui a réunit plus de 40000 personnes, et je souhaite que les Albertivillariennes et Albertivillariens s’en saisissent pour mieux comprendre.

Comme l’écrivait Edouard Glissant, immense auteur martiniquais dans le sillage d’Aimé Césaire et de Frantz Fanon, à propos de l’esclavage :
« Le travail de mémoire ne doit pas conduire au ressassement du passé. C’est à une mémoire-dépassement de ce passé qu’il faut œuvrer ».

Pour finir, je vous signale une initiative de l’équipe municipale : les 24 et 25 mai, nous vous invitons à participer à « un périple de la mémoire », « sur les traces des abolitionnistes ».

Nous visiterons le Fort de Joux où fut emprisonné Toussaint Louverture, Précurseur de la naissance d’Haïti le 1er janvier 1804,

puis la Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme à Champagney qui rend hommage aux rédacteurs de l’article 29 du cahier de doléances condamnant solennellement l’esclavage,

et enfin, Fessenheim, la ville natale de Victor Schoelcher, qui fit voter le décret d’abolition définitive de l’esclavage le 27 avril 1848.

Autre lieu emblématique, Emberménil, le village de l’abbé Grégoire, député qui fit voter dès 1793 l’abolition complète de l’esclavage colonial.

Vous êtes tous conviés à ce séjour riche de mémoire sur l’esclavage et ses abolitions où la petite histoire rejoint la grande, en particulier à Champagney, petit village de Haute-Saône coincé entre les Vosges et Belfort, loin de sports négriers de Nantes ou Bordeaux, dont les habitants dès 1789 ont réclamé, haut et fort, l’abolition de l’esclavage.

Je tiens à votre disposition un extrait de la doléance qu’ils ont laissée aux générations futures en 1789.

Bonne visite de cette exposition.

 

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