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La caméra côté coeur

Les Zazous, le premier film de Marc Dubois, sera projeté début février au Grand Bouillon. L’occasion pour le documentariste albertivillarien d’exposer l’univers qu’il côtoie depuis plus
de dix ans, celui des « éternels enfants », polyhandicapés.

Les Zazous, le premier film de Marc Dubois, sera projeté début février au Grand Bouillon. L’occasion pour le documentariste albertivillarien d’exposer l’univers qu’il côtoie depuis plus
de dix ans, celui des « éternels enfants », polyhandicapés.

Il a la patate. C’est d’ailleurs avec elle
qu’il a validé son diplôme de journaliste
reporter d’images (JRI) il y a un an, en
réalisant un reportage quasi caricatural
« façon JT » sur le business de la pomme
de terre.

« Mon premier film sur le collectif
Place aux femmes d’Aubervilliers n’a
pas plu au jury. J’y suis donc retourné avec
un sujet plus terre-à-terre !
 » Mais Marc
Dubois, 34 ans, n’est pas du genre à lâcher
ses sujets. Ni ses personnages, qu’il
aime, en bon documentariste.

Les femmes d’Auber, il a continué à les
suivre. Depuis un an, dans les cafés où
elles se retrouvent une semaine sur deux
ou lors de leurs actions « coup de poing ».
Il y était le 24 novembre dernier pour la
Journée contre les violences faites aux
femmes. Admiratif : « Aux Quatre-Chemins,
il faut voir comment elles vont parler
avec les hommes, avec les vendeurs à la
sauvette...
 »
Elles n’ont pas froid aux yeux
et c’est ce contraste avec l’image parfois
donnée de la ville dans les medias qui a
fasciné ce Picard, barbe de dix jours et
cheveux châtain pagaille, dès son installation,
rue Henri Barbusse, il y a sept ans.
Marc aime ce qui sort du cadre, de la norme.
Parce que c’est là que vibre la corde
sensible de l’humanité.

Les regarder et prendre
une grande leçon de vie

C’est ce qu’il a découvert il y a près de
quinze ans maintenant : en 2001, le directeur
de l’Institut médico-éducatif (IME)
Jules Verne d’Amiens, spécialisé dans l’accueil
d’enfants polyhandicapés, lui demande
de réaliser un petit film de présentation.

Méconnu, le polyhandicap revêt
de multiples expressions, mais il associe
toujours une déficience mentale sévère ou
profonde à un déficit moteur.
« J’étais terrifié. Le handicap peut être
particulièrement impressionnant et faire
peur,
se souvient-il. Alors, pendant quinze
jours, je me suis planqué derrière ma caméra.
J’ai vécu une expérience incroyable.

Il suffit de se poser un peu à côté de ces enfants,
de les regarder, pour prendre une
grande leçon de vie.
 » Marc promet au directeur de l’IME de revenir
pour tourner un documentaire.
Ce
dernier ne le croit pas. Six ans plus tard,
Marc Dubois pose pourtant de nouveau –
pendant plus d’un an – sa caméra devant
les visages de Marcel, Christopher, Athacia…
Une immersion dans le quotidien
de ces gosses qui, entre efforts sans cesse
répétés pour apprendre les gestes du quotidien,
colères et jeux, rires aussi, révèle
avec tendresse leur humanité.

« Il y a peu de distributeurs
pour le documentaire en France »

Les Zazous, du nom de la chanson déjantée
de Matthieu Chedid et Brigitte Fontaine,
sort en 2011. Faute de distributeur,
il ne sera projeté qu’à de rares occasions.
« Il y a très peu de distributeurs pour le
documentaire en France, encore moins sur
un sujet comme le polyhandicap », souligne
celui qui travaille, par ailleurs, comme
assistant régisseur sur les tournages.
Pas
de quoi l’empêcher d’aller au bout de son
projet : filmer ces enfants qui, contrairement
aux apparences, grandissent bel et
bien, jusqu’à l’âge adulte.

Voilà plus de dix ans que la direction du
centre Jules Verne, à Amiens, se bat pour
construire un bâtiment accueillant exclusivement
des adolescents.
Les Chrysalides ouvriront enfin dans quelques mois. Marc
Dubois y sera, avec sa caméra et l’ambition
de saisir ce délicat passage de la puberté
auprès de ces jeunes polyhandicapés pour
lesquels «  tout est exacerbé et plus complexe
 : la question de l’autonomie, du
corps qui change, de l’intimité et du corps
sexué.
 »

Entre deux eaux – le titre de ce nouveau
documentaire de 70 mn – n’éludera aucune
question. Mais Marc souhaite cette
fois donner largement la parole aux éducateurs,
aux parents pour tenter de mieux
comprendre leur réalité, si différente et en
même temps si proche de la nôtre.

Avec
Entre deux eaux, dont le tournage débutera
cette année, il souhaite engager le
débat : « Pourquoi les cache-t-on ? Je pense
que les regarder, les écouter, c’est déjà commencer
à leur donner une place dans la
société.
 »

Aurélia Sevestre

Les Zazous
Mercredi 4 février à 20 h
Projection gratuite en présence du réalisateur

Café Le Grand Bouillon
2 ter rue du Moutier.
Tél. : 01.75.34.22.94
http://vimeo.com/videosmarcdubois/
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