Archives de la Ville d’Aubervilliers

Gérard Trougnou, créateur de la Cave à poèmes

publié le 10 décembre 2007

Cheveux en catogan, barbe
feurie et voix caverneuse
qui trahit son penchant
manifeste pour la Gauloise,
Gérard Trougnou, 56 ans, a l’allure
d’un increvable flibustier.
Une apparence d’homme fruste très vite
démentie par un flot de paroles
amoureuses des mots.

Car Gérard est un poète. Une passion et un violon d’Ingres qui
animent l’essentiel de sa vie.
Pour le reste, il est employé depuis toujours à
la Sécurité sociale.

Des chemins de traverse, il en a
arpentés.
A 14 ans, il délaisse les
bancs de l’école et devient salarié deux
ans plus tard.
Et déjà apparaissent les
prémices de sa vocation.
« J’étais
toujours muni d’un cahier sur lequel
je gribouillais tout ce qui me passait
par la tête.

C’étaient des ébauches de
poésie », se souvient-il.
Pendant de longues années, ses
textes ont dormi dans des tiroirs.
Le réveil surviendra à 30 ans. « Une amie
qui les a lus par hasard m’a conforté
dans la certitude que je faisais de la
poésie », raconte-t-il.
Dès lors, il procède à quelques retouches, se
documente, étudie la versification…

Un peu plus tard, il est invité à lire
lui-même un de ses poèmes à la
radio.
Le déclic. « J’ai compris ce
jour-là que je devais poursuivre dans
cette voie et faire de la poésie mon
second métier. »

Puis viendront les
rencontres déterminantes.
Il y eut d’abord Jean-Pierre Rosnay,
fondateur du Club des Poètes qu’il
fréquenta assidûment pendant dix ans.
Marc Legrand, poète et patron
du Caveau de la bohème, situé au
sous-sol du théâtre des Déchargeurs à
Paris, qui lui propose un jour de
1992 sa salle pour une soirée poésie.

Ainsi est née La Cave à Poèmes dont
la première représentation a lieu le
lundi 4 octobre 1993.
Depuis, sans discontinuer, Gérard
Trougnou s’affiche tous les lundis
soirs dans ce lieu « pétri d’Histoire et
d’histoires. » Sans relâche, sauf l’été
pour souffler.
« Ce rendez-vous
hebdomadaire que j’ai baptisé la Cave
à Poèmes est ouvert à tous les
amateurs de poésie.
On y vient avec la
seule envie de partager, de dire, de
lire, de chanter ou d’écouter les mots
des poètes ».

Baudelaire l’inspire, le fascine.
Et comble du hasard, lors d’une
expérience au cinéma, on lui
demande de réciter Le Vampire ,Après la toile, les planches. En 1997,
il interprète le rôle de Germanicus
dans Caligula d’Albert Camus.
Une épopée éprouvante – sept mois
de répétition, une semaine de représentation.
« Ce fut une révélation,
moi qui pensais que tenir deux
heures sur scène était un pari
insurmontable. »

Poésie thérapie

Mais c’est la poésie qui le taraude.
Et l’apaise.
« La poésie m’a permis
de faire des économies de psy,
c’est pour moi la meilleure des
thérapies.
Je verse sur la page toute
mon acidité et mon mordant, je
n’ai pas peur de choquer ».
Il dit aussi avoir transmis le goût de
l’écriture à ses deux fils qui
s’essaient depuis peu au rap.

Seul bémol : il n’a jamais encore
été édité et semble résigné face à un
milieu qui lui paraît inaccessible.
Avec beaucoup d’humilité, il se
contente d’Internet où l’on peut
lire en ligne ses poèmes.
Son rêve ?
« Le retour de la liesse populaire et
libertaire du “Temps des Cerises” ».

Grégoire Remund
Le 10 décembre 2007


LA CAVE À POÈMES

Théâtre des Déchargeurs
3 rue des Déchargeurs, Paris 1er

Entrée : 8 € (avec en-cas et boisson)
Tous les lundis de 20 h à 23 h
www.cave-a-poemes.org