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Bouffer oui, s’entretuer non

La dernière conférence du campus Condorcet du cycle "Pourquoi manger ?" était consacrée à Rabelais et à Gargantua, la prochaine se tiendra le 10 février à 19 h au Théâtre de la Commune (entrée libre sur réservation) et aura pour thème "les famines au XXe siècle".

Leur corps ventru déborde, leur appétit
est insatiable. Gargantua et son
fils Pantagruel, les deux géants imaginés
par l’écrivain François Rabelais dès
1532, imprègnent profondément notre imaginaire.
Ils sont à l’origine de deux adjectifs
de nos dictionnaires, pantagruélique et gargantuesque,
qui qualifient festins, grande
bouffe.

Au-delà du symbole culinaire, que disent
ces personnages de romans ?

Le 13 janvier,
après le rôle des banquets en Grèce antique,
le cacher dans le judaïsme, le « bien
manger » pour rester en bonne santé, c’était
au tour de ce mythe rabelaisien d’être décortiqué,
désossé par une conférence du
Campus Condorcet de la série Pourquoi
manger
?

Contre les dogmatismes religieux

Auteur des aventures burlesques de nos
deux héros, François Rabelais, l’humaniste,
s’engage en « évangélique très croyant
 »
et « critique avec courage le catholicisme
romain »
qu’il juge dogmatique, a
souligné la conférencière Louise Millon
devant une salle comble.

Professeur agrégé au lycée, doctorante sur
le sujet, elle était venue partager avec le
grand public l’essence de ses recherches.
En listant les ancêtres de Pantagruel jusqu’à
Caïn et Abel, Rabelais parodie la généalogie
biblique, note-t-elle.
En posant
que sa race de géants s’est développée en
consommant beaucoup de nèfles, il prend
le contre-pied de la symbolique d’un autre
fruit.
« Si dans la Genèse la pomme a entraîné
la déchéance de l’homme, chez Rabelais
la nèfle a participé de la création de
la race gigantale, du triomphe du corps et
de la jouissance »
, décrypte Louise Millon.
L’écrivain de la Renaissance va même plus
loin.
« A travers la métaphore alimentaire,
François Rabelais propose des solutions
pacifiques et une posture de tolérance
dans le grand débat religieux d’alors, et
conflit sanglant, opposant les catholiques
et les protestants »
, a résumé Jean-Claude
Schmitt
, président du conseil scientifique
du Campus Condorcet.

Le combat entre les deux dogmatismes
religieux est ridiculisé. La guerre moquée
d’une habile façon.
Dans plusieurs passages,
l’affrontement attendu entre personnages
se dérobe de manière comique
et déroutante.
Une scène de chasse, art
noble et reflet de la guerre, se dégrade progressivement
en vulgaire… cueillette.

Plus loin, la conquête de l’île Farouche par
Pantagruel et ses amis se solde par une
débandade d’andouilles – au sens littéral,
des tripes de porc, quoi – qui s’enfuient…
au galop, et sur leurs deux jambes !

Naï Asmar
Le 5 décembre 2014

PROCHAINE CONFÉRENCE
Lundi 10 février à 19 h
Famines et crises de surmortalité au XXe siècle,
le cas de l’Ukraine, par Jacques Vallin.
Théâtre de la Commune
2 rue Edouard Poisson.

Entrée libre sur réservation au 01.48.39.51.93

Programme sur www.campus-condorcet.fr